Mes parents de Kala habitaient presque au beau milieu du village. Lorsque nous arrivâmes à hauteur de leur case, Zambo renvoya assez inélégamment les badauds qui faisaient mine de vouloir entrer avec nous. Il dit :
« Mais, allez-vous-en donc… Vous ne comprenez pas qu’il faut que l’étranger se repose un peu ?... »
Ils s’éloignèrent en baissant la tête. L’oncle Mama et sa femme étaient encore aux champs.
La case me parut imposante, par ses dimensions et surtout par le nombre de meubles qu’elle contenait ; c’est que mon oncle Mama était menuisier de son état, ce qui ne l’empêchait pas de travailler dans les champs au besoin.
Ces meubles étaient grossiers, à peine finis, d’un bois très lourd. Chose curieuse, lorsqu’un peu plus tard Zambo me fit visiter l’atelier de son père, je pus admirer l’élégance et la finesse des lignes, la légèreté, la beauté de quelques échantillons des meubles qui s’y fabriquaient. L’oncle Mama était un bien curieux artisan, qui n’avait aucune notion de la publicité : il gardait pour lui les meubles les moins réussis, livrant le meilleur de sa production aux autres.
La plus remarquable des nombreuses pièces de cette case, c’était une espèce de salon-salle à manger immense sur les murs duquel on avait apposé une série de photographies de la famille qui tenaient lieu de tapisserie.
Mongo Beti, Mission terminée.