Le service d’hygiène forma des équipes, demanda des renforts. La mort rôdait partout, et après elle des fantômes habillés de kaki. Des fouilles méthodiques étaient effectuées dans les quartiers les plus atteints. La voiture-ambulance du dispensaire ne cessait ses allées et venues dans les agglomérations indigènes et le lazaret. Son approche jetait l’inquiétude au cœur des gens, et on se haussait sur la pointe des pieds, derrière les clôtures, pour la voir passer comme une bête malfaisante. Quand elle s’arrêtait devant une maison, on savait que la paix n’y était plus. Alors, c’étaient des soupirs et des malédictions, c’étaient des prières au bon Dieu, pour qu’il éloignât cette voiture et la maladie. Ceux des malades qui n’étaient pas sérieusement atteints se raidissaient dès qu’ils entendaient la corne ou le bruit d’une auto. Beaucoup de personnes réussirent à camoufler leurs malades jusqu’à la période de suppuration, ce qui fit durer la maladie.
Abdoulaye Sadji, Maïmouna